« L'activité physique, ce n'est plus pour moi. » Quand on vit avec un handicap moteur, on a parfois l'impression que la porte s'est refermée. Les salles ne sont pas toujours accessibles, les cours collectifs vont trop vite, et on a peur de se faire mal ou de ne pas y arriver. Je comprends cette appréhension. Mais mon métier consiste justement à faire l'inverse de ce qu'on imagine : ce n'est pas à la personne de s'adapter à la séance, c'est à la séance de s'adapter à la personne. Voici comment je m'y prends concrètement.
Bouger, c'est aussi pour vous
Les recommandations de l'Organisation mondiale de la santé, publiées en 2020, sont très claires : pour la première fois, elles incluent explicitement les adultes vivant avec un handicap. Les objectifs sont les mêmes que pour tout le monde, de l'activité d'endurance chaque semaine et du renforcement musculaire régulier, à ajuster selon ses capacités. Et surtout, l'OMS rappelle qu'un peu d'activité vaut toujours mieux que pas du tout.
Les bénéfices, je les vois au quotidien : plus de force pour les transferts, moins de raideurs, une meilleure endurance pour se déplacer, et souvent un vrai regain de confiance. Pour une personne en fauteuil, renforcer les épaules et le tronc, c'est aussi protéger ses articulations, qui travaillent énormément au fil de la journée.
Tout commence par un bilan
Je ne propose jamais un exercice sans avoir d'abord pris le temps de comprendre la situation. Lors du premier rendez-vous, on parle ensemble de votre histoire, de votre quotidien, de ce qui vous gêne et de ce que vous aimeriez retrouver. Ensuite, j'évalue ce qui est possible : amplitudes articulaires, force, équilibre assis ou debout, capacités de transfert, endurance.
Ce bilan me permet de repérer les points d'appui sur lesquels construire, et les précautions à prendre. Je m'appuie aussi sur les informations de votre médecin et, quand c'est le cas, de votre kinésithérapeute ou de votre ergothérapeute. Je travaille en complément de ces professionnels, jamais à leur place. J'explique plus en détail cette démarche sur ma page consacrée à l'activité physique adaptée.
Mes quatre leviers d'adaptation
Une fois le bilan fait, j'ajuste la séance grâce à quelques leviers simples :
- La position : beaucoup d'exercices peuvent se faire assis, sur une chaise stable, dans son propre fauteuil ou sur un ballon quand l'équilibre le permet. Debout, je prévois toujours un appui à portée de main
- Le matériel : élastiques de différentes résistances, petits poids, bâtons, ballons. Il permet de doser l'effort très finement, membre par membre, et de travailler aussi bien le côté le plus fort que le côté le plus fragile
- L'intensité et le rythme : je m'appuie sur votre ressenti de l'effort plutôt que sur des chiffres. On alterne effort et récupération, avec des pauses aussi souvent que nécessaire
- Les objectifs : ils sont concrets et personnels. Se relever plus facilement d'une chaise, gagner en autonomie pour s'habiller, pousser son fauteuil plus longtemps, marcher jusqu'au bout de la rue
Le saviez-vous ? Depuis le décret du 30 mars 2023, le médecin peut prescrire de l'activité physique adaptée non seulement aux personnes atteintes d'une maladie chronique, mais aussi aux personnes en situation de perte d'autonomie, par exemple les titulaires de la carte mobilité inclusion. Le handicap fait donc pleinement partie du cadre du sport sur ordonnance.
La sécurité avant tout
Adapter une séance, c'est aussi anticiper. Avant de commencer, je vérifie que l'espace est dégagé, que les sols ne glissent pas et que les transferts se font dans de bonnes conditions. Pendant la séance, je reste attentif à plusieurs signaux :
- La fatigue : selon le handicap, elle peut arriver vite et de façon inhabituelle. Mieux vaut s'arrêter un peu tôt que trop tard, et garder de l'énergie pour le reste de la journée
- La douleur : un exercice ne doit pas faire mal. Une gêne qui apparaît, c'est un signal pour modifier le mouvement, pas pour serrer les dents
- La peau et les appuis : quand la sensibilité est diminuée, je surveille les zones de frottement et de pression
- L'hydratation et la température : certaines personnes régulent moins bien leur chaleur corporelle, on adapte donc la durée et l'environnement
Et je rappelle toujours une règle simple : tout symptôme inhabituel, comme un malaise, une douleur dans la poitrine ou un essoufflement anormal, impose d'arrêter l'effort et d'en parler à son médecin.
La progression, à votre rythme
Ce que j'aime dans cet accompagnement, c'est qu'il n'y a pas de modèle unique. Deux personnes avec le même diagnostic peuvent avoir des besoins complètement différents. Je fais évoluer les exercices petit à petit, en fonction de vos progrès et de votre forme du jour. Certains jours on avance, d'autres on consolide, et c'est très bien comme ça.
L'objectif à long terme, c'est aussi que vous puissiez continuer à bouger en dehors des séances. Je vous propose donc quelques exercices simples à refaire chez vous, sans matériel compliqué, pour que l'activité physique devienne une habitude et non une contrainte.
Et si on en parlait ?
Si vous vivez avec un handicap moteur et que vous avez envie de bouger à nouveau, sans savoir par où commencer, le plus simple est d'en discuter. Au cabinet de La Madeleine, chaque accompagnement démarre par un bilan personnalisé, dans un cadre calme et à taille humaine. On part de vos capacités, pas de vos limites.
Sources
- Bull F.C. et al., British Journal of Sports Medicine, 2020 — World Health Organization 2020 guidelines on physical activity and sedentary behaviour
- Haute Autorité de Santé (HAS) — Prescrire l'activité physique : un guide pratique pour les médecins
- Légifrance — Décret n° 2023-235 du 30 mars 2023 fixant la liste des maladies chroniques, des facteurs de risque et des situations de perte d'autonomie ouvrant droit à la prescription d'activités physiques adaptées